Conseil et Stratégie

Ce n'est pas gratuit, et en plus c'est toi le produit...financier

C'est le tour de magie le plus réussi de l'écosystème tech des vingt dernières années : faire passer le produit financier le plus cher du capitalisme moderne pour un cadeau.

Si tu lèves un million d’euros en seed pour 20% de ta boîte, tu viens de signer le crédit le plus cher de ta vie.

Pas un crédit à 8%. Pas à 12%. Un crédit dont le coût implicite tourne autour de 35 à 50% par an. C’est plus cher que le crédit revolving le plus prédateur, plus cher que la dette mezzanine, plus cher que la plupart des produits financiers que tu jugerais immédiatement irrationnels si on te les présentait nus.

Mais en levée de fonds, on appelle ça « lever du smart money » et on poste sur LinkedIn.

C’est le tour de magie le plus réussi de l’écosystème tech des vingt dernières années : faire passer le produit financier le plus cher du capitalisme moderne pour un cadeau.

8 à 15%, dans un bon jour

Dans le scénario rare où tout se passe bien, où la boîte enchaîne les tours et exit à 100M€ après 8 ans, le fondateur récupère 8 à 15% de la valeur qu’il a créée. Dans un bon jour. Le reste a été progressivement transféré, sans qu’aucune ligne sur aucun document ne ressemble jamais à un coût.

Et c’est le scénario optimiste. La majorité des boîtes seedées n’arrivent jamais là. Beaucoup exitent même en dessous des préférences de liquidation, ce qui laisse les fondateurs avec zéro pendant que les investisseurs sauvent leur mise. Ce n’est pas une dérive, c’est la règle du jeu, et c’est même cette règle qui permet à des fondateurs sans capital de jouer à l’entrepreneur. Le problème n’est pas la règle. Le problème est qu’on la présente comme un cadeau alors que c’est un contrat.

Pourquoi on a fait du VC un rite de passage

Pourtant, le VC est devenu le graal. Le passage obligé. La métrique de réussite par défaut.

Comment a-t-on collectivement célébré un instrument financier de niche au point d’en faire le chemin par défaut de l’entrepreneuriat tech ? Quels acteurs ont intérêt à ce que la levée reste vendue comme un rite de passage ? Et pourquoi cette mise en scène fonctionne-t-elle particulièrement mal pour les écosystèmes périphériques, où les marchés peuvent pourtant être mondiaux et les fondateurs ambitieux, mais où la vélocité que le VC exige se heurte à des contraintes structurelles bien réelles : recrutement de profils tech rares, distance aux centres de décision, charge mentale d’opérer dans un écosystème moins dense, accès limité au capital de bridge en cas de coup dur ?

C’est ce que je creuse dans le dernier article du blog.

Dans l’article complet, je détaille pourquoi le VC est le crédit le plus cher du capitalisme moderne et comment ce coût reste invisible jusqu’à l’exit, comment quinze ans de taux bas et la grammaire éditoriale des médias tech ont fait d’un instrument financier de niche le passage obligé de l’entrepreneuriat, pourquoi les business angels bien structurés sont mécaniquement supérieurs au VC pour la majorité des projets sans en être le sous-produit du pauvre, et comment l’IA est en train de réécrire les postulats mêmes qui justifiaient le modèle VC.

La levée n’est pas un rite de passage. C’est un instrument financier, avec un prix, adapté à un cas d’usage précis. Pour la plupart des fondateurs, l’option rationnelle est ailleurs.

Ludovic Narayanin.

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